Nous avons proposé aux participants du concours de nouvelles 2020 qui se sentiraient inspirés d'écrire une nouvelle sur le thème "Après le confinement".

Nous publions sur cette page ces nouvelles et aussi les textes que vous avez eu envie d'écrire.

Merci à chaque auteur (certains ont voulu rester anonymes) pour ces envois.

Vous nous écrivez...

Y’a urgence, Monsieur l’Agent

 

Une de mes amies, d’un âge certain

Pensait recouvrer la jeunesse dès demain

Grâce au savoir-faire quasi magique

De la chirurgie esthétique.

Le rendez-vous fut pris bien à l’avance

Surtout ne pas laisser passer sa chance

Hélas fut décidé entre-temps

Le funeste confinement.

Qui décréta n’autoriser pour longtemps

Seuls les actes très urgents

N’y tenant plus à l’approche de la date

Elle décida en toute hâte

De rejoindre illico le praticien

En voiture par un beau matin

Il arriva ce qui devait arriver

Elle s’arrêta au premier policier

Qui lui demanda la raison

De sa folle évasion

C’est urgent ? ce déplacement

Donnez m’en la raison, immédiatement

Elle expliqua son cas en rage

Le cerbère examina son visage

Et sans plus de commandement

La laissa partir immédiatement

P.N.

Le temps

 

Le confinement ou le temps suspendu, le temps arrêté, le temps de penser.

C’est le verre à moitié vide, ou à moitié plein. Ce confinement, formidable espace de liberté. Le temps  suspendu, le temps retrouvé.

Je me lève le matin et je suis maître de mon temps, j’en dispose à ma guise, je l’organise, je décide. J’ai conscience de chaque minute, j’entends le silence, il est présent, il résonne et me porte.

J’ouvre la fenêtre et je regarde le silence, j’écoute  un oiseau, un autre lui répond. Je respire, mon cœur bat à l’unisson  de l’oiseau qui vole de branche en branche, du souffle du vent qui agite doucement les feuilles, tiens, un écureuil, furtif !

Je retrouve les saveurs, je perçois les odeurs, les parfums, subtiles et infinies nuances.

Ceux qui travaillent n’ont pas ma chance, pour eux pas le temps de s’arrêter et de se délecter. C’est un autre temps, c’est le temps d’avant, celui qu’on croyait normal, évident, la course au temps. Ce sera peut-être aussi le temps de demain.

Pourtant ici et maintenant je savoure cet espace qui m’est donné, faire les choses en conscience, rien ne m’oblige, que de vivre le mieux possible, par respect pour ce qui m’est donné, conscience de ce privilège, je suis en bonne santé, en contact avec mes proches, je ne les vois pas, mais je les écoute, quelques mots suffisent à dire la présence, l’attention, l’amour.

Il est délicat ce temps, je le brode avec attention, avec respect, ne pas le souiller, ne pas le froisser, le préserver, pour ne pas l’oublier. Saurai-je le protéger lorsque reviendra le temps d’avant ?

M.V. 17/04/2020

Le livre de Bruno ALBERRO

 

Un mois de plus, je m’inquiète. La pile de livres s’amenuise, celle qui me restait à lire. Je dois sortir celui qui s’ajoute dans les rayons de bibliothèque jusqu’à l’oubli. Tout à coup, en passant un coup de chiffon anti-poussière, on exhume un, au hasard d’un classement anarchique. La tranche blanche a plus ou moins grisé, selon la durée de l’abandon. Il se sentait isolé.

Vous savez celui qu’on achète en plus à chaque passage en librairie, par peur de se trouver démuni, celui que vous remet le libraire qui vous convient le mieux sur le moment, car il vous connaît bien. C’est comme s’il vous présente une personne. Persuadé que vous allez vous entendre.

Vous vous observez, vous devant le rayonnage, indécis, lui enserré au milieu de mille autres ouvrages, à tenter de vous arrêter par une couleur ou un dessin. Quelque chose que vous retiendrez pour ne pas retenir votre main.

Un livre, c’est comme un visage, une lumière dans la foule, un regard anonyme qui vous interpelle. Un cri, un appel dans le silence, une attirance. Il capte le regard, le toucher réveille d’autres sens, plus tactiles, plus olfactifs. L’ouvrir est entamer une conversation avec un inconnu, celle qui se dévoile page après page comme une discrète amante. Un mot va à un autre, une idée proposée à une idée accueillie. Chaque image suggérée tente de séduire. On ne sait où cette rencontre mènera : de l’exceptionnel au banal, du plaisir de passage ou moment inoubliable.

Le livre respire dans cette vie troglodyte où rien n’empêche de voyager. Où l’esprit entre en nous fouille et reconstruit en simplicité.

Les mots dansent, les couples épistolaires se font et se défont, s’enlacent et se séparent pour se mieux retrouver et s’échapper. Voyage sobre des images déclenchées lectures sensorielles pour s’enfuir vers l’ailleurs qu’aucun virus ne peut retenir.

Et puis quand le voile de l’apparence est déchiré, les yeux ouvrent la porte du cœur, se réchauffent suivent les feux noirs et nuances des feux blancs, moment intense de la compréhension qui touche l’âme et le cœur pour en dégager des frissons, des désirs et des soupirs.